Union des Bretons du Canada - Montreal

Barbebleue


SAINT-AIGNAN ET LA LEGENDE DE BARBE - BLEUE

Le vrai patron de Saint-Aignan, oublié, et du reste inconnu est Saint-Inan dont le nom en ancien breton voulait dire lumière.

Saint-Aignan, lui, est natif de la vallée du Rhône et fut évêque d’Orléans.

La légende place ici l’un des châteaux du sieur COMORRE et le lieu de son plus sanglant exploit. Ce prince vivait, dit-on, au VIe siècle de notre ère et régnait sur la Cornouaille et le Poher. Sa capitale était probablement Carhaix, où son souvenir persiste toujours.

Au VIe siècle de notre ère, l’oppidum gallo-romain de Carhaix était encore suffisamment puissant pour qu’un seigneur bandit en fît le point central de ses domaines. Le sanglant Comorre, dont le souvenir s’est perpétué dans toute la Bretagne occidentale, était tierne de Poher. Il dut sa perte à l’action conjuguée de son jeune fils TREMEUR et de Saint Gildas : ceux-ci vengeaient la mort des cinq épouses que le redoutable seigneur avait successivement égorgées.

Son nom ne nous renseigne guère sur sa véritable identité : c’est un surnom, venant de Konomor, et signifiait " le Gand Chef " .

Sa réputation était effroyable. Il tuait et pillait pour le plaisir. Lorsqu’il se maria avec Tréphine, fille du seigneur de Vannes, il avait déjà épousé quatre femmes, qu’il avait assassinées l’une après l’autre... Tout alla bien avec sa nouvelle femme jusqu’au moment où il apprit de Tréphine qu’elle attendait un enfant. À cette nouvelle, il se mit dans une colère épouvantable et déclara qu’il allait la tuer. En attendant, Il la fit enfermer dans son château de St-Aignan.

Poussée par le désespoir, la malheureuse réussit à s’enfuir. Les émotions la firent accoucher plus tôt que prévu : la jeune mère, prenant le nouveau-né dans ses bras, poursuivit sa course. Mais COMORRE avait découvert l’évasion de sa prisonnière. Sur son cheval, avec ses hommes d’armes, il se lança aux trousses de la fugitive. Ce fut au sommet d’une colline qu’il la rejoignit. D’un seul coup d’épée, il trancha la tête de Tréphine. Sans plus s’attarder il repartit, laissant le nourrisson mourir de faim près du cadavre de sa mère, dans la solitude de la forêt.

Or Dieu, disent les bonnes gens, ne permit pas l’accomplissement de cette abomination. Le Seigneur de Vannes miraculeusement prévenu, alerta son ami Saint Gildas.

Honoré dans les deux Bretagnes sous le nom de Gweltas ou Gildas. Venu d’outre Manche vers 586, Saint Gildas moine s’est fait le chroniqueur des malheurs de son peuple à cette époque. Dans son De excidio Britanniae, il nous a laissé un tragique récit de l’émigration de ses compatriotes.

Et ils arrivèrent tous deux à grande chevauchée sur les lieux du meurtre. L’illustre abbé n’eut qu’un mot à dire : Tréphine se leva, saisit sa tête d’une main et prit son enfant sur le bras, puis marcha devant les cavaliers vers le château de COMORRE. Sommé par Gildas de recevoir les siens, l’assassin, terré derrière ses murailles ne répondit pas. Alors, l’enfant nouveau-né se dégagea de l’étreinte de sa mère et marcha seul vers la forteresse. Arrivé près du fossé, il prit une poignée de terre et la jeta vers les tours " Voici la justice de la trinité " cria-t-il. À ces mots fatidiques les bastions s’écroulèrent, les courtines s’effondrèrent et le sinistre bandit fut enseveli sous leurs ruines, avec ses complices.

Puis Saint-Gildas replaça la tête de Tréphine sur ses épaules. Quant à l'enfant, il fut baptisé sous le nom de TREMEUR. Plus tard, il devait devenir moine du monastère de Rhuys qu’avait fondé son sauveur. Le culte de TREMEUR, sanctifié par la voix du peuple breton, s’est perpétué à Carhaix. L’église lui est dédiée, et le portail nord possède une statue qui le représente.

Depuis cette époque, la mère et le fils sont vénérés comme des saints par le peuple breton.

Un amoncellement de pierres sur une colline, au-dessus de Saint-Aignan, marquerait l’emplacement du château. À 3 Km du bourg, une chapelle dédiée à Sainte-Tréphine est bâtie, selon la tradition, à l’endroit même où la pauvre femme fut assassinée. On peut s’y rendre en prenant la route D31 jusqu’au rond-point qui domine le lac artificiel de Guerlédan. Après avoir admiré la vue magnifique qu’on découvre de ce site, on gravira, par un sentier sur la gauche, une éminence recouverte de pins. A 250 m environ, on arrive au sommet où se dresse, au milieu des arbres, le sanctuaire : Un vitrail du chœur y représente la Sainte et son fils, tenant l’un et l’autre la palme du martyre.



Article du Guide de la Bretagne

Bretagne mystérieuse

Gwenc'nhlan le scouëzec

Éditions Coop Breizh.

ISBN 2-84346-026-3


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